PATRICE GIORDA

Les platanes jaunes 2017. 65 X 81

SUITE NAPOLITAINE, le livre de Patrice Giorda avec les poèmes de Sophie Braganti aux éditions de l’URDLA 1999 : https://urdla.com/catalogue/1729-suite-napolitaine.html


Le site de Patrice Giorda : http://www.giorda.fr

“TONNERRE DE DIEU”

PAR SOPHIE BRAGANTI revue Verso arts et lettres n°7 (?)

Quand on arrive au carrefour, vers la Croix Rousse, on ne s’attend pas à trouver un atelier au premier étage de cet immeuble jaune, un peintre qui ouvre la porte sur un lieu de silence et d’isolement. On ne peut pas nommer ce qui recouvre le sol et le dessous du chevalet. Cadavres de peintures? La crasse tapisse les carreaux des fenêtres et c’est bien pour faire écran à toute intervention extérieure. Aux trouble-fêtes. Les fenêtres prolongent les murs. Peut-être pour retrouver l’univers du cloître. Ou de la prison. Ou du pensionnat des lazaristes. Ou du ventre. Mais alors d’où vient la lumière dans un espace toujours poussé plus loin, au bord du précipice? On ne sait pas.

Ce qui trouble dans la peinture c’est cela, la question toujours suspendue de la mémoire qui crève les yeux. D’où vient la lumière? D’en haut? D’en bas? De biais? Où nous mènent ces espaces de profundis? Peinture tonique et ténébreuse. Clair-obscur tranché à la Giorda. Couleurs abusées, violentées. J’avais bien entendu : « c’est classique », « on sent les influences » (que le peintre ne rejette pas) mais que faire de ces questions qui n’en sont pas et qui freinent l’émotion, la vibration, la quête véritable, offerte. Le peintre est à sa place avec ce travail qui lui colle à la peau. Qu’est-ce que ça veut dire? Qu’il fait cavalier seul et que ça prend le temps ou que le temps le prend à son insu, le temps de fouiller le passé. Tant qu’il y aura à creuser dans la mémoire, tant que Pâques et la guerre s’insinueront dans ses veines, au point de rendre présents Dresde effondrée dans des dessins sublimes et « Le Christ de l’abandon », « l’annonce de la mort », « la mère et le fils », « le mont des oliviers ». Testament. Fables ? Mythes ? Philosophie ? Histoire ? Histoires ? On ne sait pas. Il dit lui-même : «Je ne crois pas que l’imagination soit le moteur de l’art. Je pense que l’art est révélé, qu’il vient de l’inconscient et s’impose. »

Le baptême, la Résurrection, l’enterrement, le repentir, l’abandon, la solitude, le paysage, la nature-morte, se prêtent si bien encore aujourd’hui à la lumière céleste ou infernale. Celle qui creuse l’esprit. Ou qui ne creuse pas la terre par aveu d’impuissance. La lumière qui met en lumière. Entre ouverture et enfermement. Les espaces portent. Je me souviens de ce rocher qui doit venir des Pyrénées, mais peu importe, il m’aurait dit rocher breton, varois ou du désert, je me serais laissée promener pareil. Ce rocher, cette mémoire vive et solide, je pourrais le gravir, je pourrais tourner autour. Et je pourrais laisser de côté le drame qui sourd, la foudre jaune. M’enfuir avec « l’envol ».Oui, j’aime cette peinture de chair et d’os. La peinture qui fait dire merci. Qui renaît de ses cendres. Si proche de l’enfance pastel, des fusains tendres et des alléluias.

Ici l’acrylique a une odeur.